Les organisations de la société civile (OSC) et des personnalités de divers horizons ont fait face à la presse, ce samedi 10 octobre 2026 à Dakar, pour demander la grâce royale en faveur de Mbayang Diop. Condamnée à mort en avril 2017 pour le meurtre à l’arme blanche de son employeuse saoudienne, la Sénégalaise est détenue en Arabie saoudite depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration commune, les organisations de la société civile implorent Sa Majesté le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud de lui accorder sa clémence. Elles adressent également une demande de pardon à la famille de la victime.
Ci-dessous l’intégralité de la déclaration.

Déclaration commune pour une grâce royale
Nous, organisations de la société civile, personnalités publiques et intellectuelles, responsables religieux, défenseurs des droits humains, associations de femmes, acteurs de la diaspora et citoyens engagés pour la vie et la dignité humaine, réunis autour d’une même préoccupation et d’un même espoir, lançons un appel solennel en faveur de notre compatriote Mbayang Diop, condamnée à mort en Arabie saoudite et détenue depuis plus d’une décennie.
Nous ne sommes pas réunis pour contester une décision de justice, pour refaire le procès ou pour remettre en cause la souveraineté judiciaire du Royaume.
Nous reconnaissons la gravité des faits à l’origine de cette affaire et nous mesurons la douleur immense qu’a représentée la disparition de la victime pour sa famille, ses enfants et ses proches. C’est précisément parce que nous respectons cette douleur que nous nous adressons aujourd’hui, avec humilité et respect, à toutes les personnes concernées par ce drame.
Nous demandons pardon. Nous nous adressons en particulier à la famille de la victime et tout spécialement à ses enfants. Nous leur demandons pardon. Nous savons qu’aucune parole ne peut effacer la douleur provoquée par la perte d’une mère, d’une épouse, d’une sœur et d’un être cher.
Nous savons également qu’aucune vie ne peut remplacer une autre vie. Mais nous croyons profondément que le pardon, lorsqu’il est possible, constitue l’une des expressions les plus élevées de l’humanité. Aux enfants de la victime, nous demandons avec toute l’humilité qui sied à une démarche de considérer la situation de cette femme qui, depuis de longues années, vit avec le poids d’une condamnation capitale.
Nous ne leur demandons pas d’oublier leur mère. Nous leur demandons seulement, si le cœur le permet, d’envisager le pardon.
Nous nous tournons également avec le plus grand respect vers Sa Majesté le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, Gardien des Deux Saintes Mosquées, ainsi que vers les hautes autorités du Royaume d’Arabie saoudite.
Le Sénégal et l’Arabie saoudite entretiennent des liens historiques, religieux, humains et fraternels particulièrement profonds. C’est au nom de cette fraternité, mais aussi au nom des valeurs universelles de compassion, de miséricorde et de clémence, que nous sollicitons respectueusement la grâce en faveur de notre sœur Mbayang Diop, ou toute mesure de clémence permettant d’épargner sa vie dans le respect du droit et des procédures du Royaume.
Nous savons que la clémence est une prérogative souveraine. Nous savons également que, dans certaines affaires, la volonté de la famille de la victime et de ses ayants droit occupe une place essentielle. C’est pourquoi notre appel ne s’adresse pas seulement aux institutions : il s’adresse au cœur. Épargner une vie serait un acte de miséricorde.
Après tant de détention, nous apprenons à considérer le temps déjà passé derrière les barreaux, la souffrance vécue, l’éloignement familial et les conséquences humaines d’une éventuelle exécution. Une grâce ne signifierait pas que la souffrance de la victime est oubliée, ni que la justice est désavouée. Elle pourrait être comprise comme un geste exceptionnel de miséricorde venant compléter l’œuvre de justice.
Épargner la vie de Mbayang Diop permettrait également à cette femme, si cela devient possible, de consacrer le reste de son existence à la responsabilité et à la sensibilisation des jeunes femmes et des jeunes Sénégalais sur les dangers de certaines formes de migration et de recrutement à l’étranger.
Nous saluons les efforts entrepris par les autorités sénégalaises et appelons l’État du Sénégal à poursuivre et à intensifier toutes les démarches diplomatiques susceptibles de favoriser une issue humaine à cette affaire.
Nous appelons également les autorités religieuses, les chefs coutumiers, les organisations de défense des droits humains, les associations de femmes, les intellectuels, les artistes, la diaspora sénégalaise et toutes les bonnes volontés à unir leur voix dans une démarche pacifique, respectueuse et fraternelle.
Notre objectif n’est pas l’affrontement. Notre objectif n’est pas la polémique. Notre objectif est de sauver une vie.
À la famille de la victime, nous renouvelons notre demande de pardon et notre appel à un geste de clémence.
Aux autorités saoudiennes, nous exprimons notre profond respect et notre confiance dans les valeurs de justice, de sagesse et de miséricorde.
À Sa Majesté le Roi, nous adressons humblement cette supplique :
Majesté, nous vous demandons de bien vouloir regarder avec compassion la situation de notre sœur Mbayang Diop et, dans votre sagesse, de lui accorder votre grâce. Que cette grâce puisse être un geste de miséricorde, qu’elle puisse être un message d’humanité, qu’elle puisse renforcer davantage les liens entre les peuples sénégalais et saoudien et qu’elle permette à notre sœur Mbayang Diop de retrouver un jour la terre de ses ancêtres, ses enfants, sa famille et les siens.
Pour la vie, pour la miséricorde, pour le pardon, pour la fraternité entre le Sénégal et l’Arabie saoudite, nous demandons humblement la grâce royale pour Mbayang Diop, en ce jour de lutte contre la peine de mort.